AG votée, travaux jamais faits : la mise en demeure qui débloque

Une résolution adoptée en assemblée générale, un prestataire choisi, et puis rien. Des mois passent, l'échafaudage annoncé ne monte jamais, la chaudière collective reste en panne et les appels de fonds, eux, continuent de tomber. La situation agace d'autant plus que le syndic a voté avec vous, ou du moins qu'il a enregistré le résultat sans broncher. Que peut réellement un copropriétaire seul face à cette inertie ? La réponse tient moins à la procédure judiciaire qu'à un travail de vérification préalable, souvent négligé.

Ce que le syndic doit faire après le vote, et ce qu'il peut refuser

Le principe est clair : le syndic est tenu d'exécuter les décisions d'assemblée générale, sauf empêchement légitime. Il n'a pas de marge d'appréciation personnelle sur l'opportunité de lancer les travaux une fois la résolution adoptée dans les règles.

Encore faut-il que la décision ait une réelle portée opérationnelle, et c'est là que les choses se corsent. Un cabinet comme bdd-avocats.net voit régulièrement arriver des dossiers où le copropriétaire réclame l'exécution d'une résolution qui, à la lecture du procès-verbal, ne l'autorisait pas vraiment.

Cette distinction entre une intention et un ordre de faire change tout le raisonnement. Beaucoup de copropriétaires confondent l'approbation d'un principe (« on réfectionne la toiture ») avec un vote ferme qui désigne un prestataire, un devis et un calendrier.

Dans le premier cas, le syndic doit seulement relancer la consultation ; dans le second, il doit signer le marché. Le juge saisi d'une demande d'exécution regarde d'abord ce point, avant même d'examiner le comportement du mandataire. C'est ce contrôle qui détermine si une faute a été commise ou non.

Relire le procès-verbal avant de s'énerver

Trois éléments du procès-verbal décident de la suite, et ils tiennent en quelques lignes souvent mal lues. La nature de la résolution vient en premier, suivie du délai de mise en œuvre puis de l'existence éventuelle d'une condition suspensive.

Si un prêt collectif, une subvention ou un permis de construire conditionnait le lancement du chantier, le syndic peut parfaitement attendre la levée de cette condition sans commettre de faute. La vérification se fait document en main.

Autre point de blocage fréquent : la résolution n'est pas exécutoire du tout. Ça arrive quand la majorité requise n'a pas été atteinte, ou quand une contestation est en cours devant le tribunal. Dans ce cas, le syndic ne peut pas engager les travaux, même s'il le voulait, et le copropriétaire qui exige l'exécution perdra son temps. Le contrôle du quorum et du mode de calcul des voix devient alors l'étape à ne pas sauter, surtout depuis que le vote par correspondance a changé la donne.

Depuis le 4 juillet 2020, les copropriétaires peuvent voter par correspondance en transmettant leurs consignes au syndic au moins trois jours avant la date de l'assemblée. La majorité simple, dite de l'article 24, s'obtient avec la majorité des voix des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance. Un décompte contesté sur ce point suffit à fragiliser l'ensemble de la résolution, et donc à justifier l'attentisme du syndic. Sur ce point, voir aussi notre article sur la copropriete horizontale.

La mise en demeure, préalable presque toujours oublié

La plupart des articles consacrés au sujet conseillent de voter à nouveau ou de foncer chez le juge. C'est aller vite en besogne. La première démarche utile consiste à adresser au syndic une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception, lui demandant soit d'exécuter la résolution, soit de justifier son inaction. Ce courrier fait courir un délai raisonnable et documente la mauvaise volonté éventuelle, ce qui pèsera lourd devant le tribunal.

Sans cette étape, le juge considère souvent que le syndic n'a pas eu l'occasion de s'expliquer, et le copropriétaire se retrouve débouté pour avoir agi trop tôt. La lettre n'a pas besoin d'être longue : les références de l'assemblée, le texte exact de la résolution, la date du procès-verbal et une demande claire suffisent. Gardez l'avis de réception, il vaut de l'or si le dossier part en contentieux.

Les situations d'impasse qui finissent au tribunal

Les dossiers qui tournent à l'affrontement présentent souvent des profils comparables, et les reconnaître tôt évite de perdre des mois. On y retrouve presque toujours les mêmes schémas, ceux qu'un conseil syndical voit passer à chaque réclamation sérieuse. Voici ce qui revient le plus souvent dans les réclamations adressées aux conseils syndicaux, avec les points de friction qui reviennent le plus nettement dans les dossiers contentieux.

  • Le procès-verbal mentionne un principe de travaux sans devis ni prestataire, et le syndic refuse de lancer la consultation.
  • Une condition suspensive traîne depuis des mois, sans que personne ne sache si le dossier bancaire avance.
  • La résolution a été votée à une majorité insuffisante, ce que le copropriétaire découvre seulement au moment de réclamer.
  • Qui doit payer les études préalables quand le chantier n'a jamais démarré ?
  • Le syndic a changé en cours de route et le nouveau gestionnaire affirme ne rien savoir du dossier.

Un point mérite d'être nuancé : dans certains cas, l'attentisme du syndic protège la copropriété. Lancer un chantier sur une résolution juridiquement fragile expose le syndicat à une annulation, puis à des remboursements compliqués. Un syndic qui attend la purge des recours ne fait pas forcément preuve de mauvaise foi, même si son manque de communication agace légitimement.

Les travaux réalisés sans vote, un problème inverse

La question se pose aussi dans l'autre sens, et elle revient régulièrement en réunion. Un copropriétaire peut-il faire réaliser des travaux sur les parties communes sans vote de l'assemblée ? En principe non, car les décisions relatives aux travaux sur les parties communes relèvent de la collectivité, avec des majorités variables selon la nature de l'ouvrage. Les travaux d'urgence échappent à cette règle, mais la notion d'urgence est étroitement surveillée par les tribunaux.

Quand un copropriétaire ou un syndic fait exécuter des travaux sans autorisation valable, la copropriété peut demander la remise en état ou contester la répartition des charges. Le syndic qui engage des dépenses sans mandat régulier s'expose personnellement, et le copropriétaire qui a commandé les travaux peut se voir refuser tout remboursement par le syndicat. Le vote préalable reste la règle, et son absence se paie plus tard.

Agir sans se tromper de cible

Le réflexe judiciaire vient souvent trop tôt, avant même que le dossier ne soit solide. Un copropriétaire qui attaque sans avoir vérifié la portée exacte de la résolution, sans mise en demeure préalable et sans preuve du délai écoulé s'expose à une procédure longue et coûteuse pour un résultat incertain. La lecture attentive du procès-verbal et une lettre recommandée bien tournée règlent une bonne partie des situations, parce qu'elles obligent le syndic à sortir de son silence. Franchement, cela suffit souvent.

Reste une question de fond, que chaque copropriété tranchera différemment : à partir de quand l'immobilisme d'un syndic cesse-t-il d'être prudent pour devenir fautif ? La réponse dépend du dossier, du délai écoulé et de la gravité du désordre constaté, mais elle mérite d'être posée noir sur blanc en assemblée, avant que la colère ne prenne le pas sur la méthode.

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