Une flambée des prix aux impacts contrastés
Le prix du cacao a atteint des niveaux record en 2024, dépassant les 10 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux, une hausse de plus de 130 % en un an, selon les données de la Banque mondiale. Cette envolée, alimentée par des mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest dues au phénomène El Niño et à des maladies comme la pourriture noire, touche directement les principaux pays exportateurs, la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui fournissent près de 60 % de la production mondiale. Cependant, les répercussions économiques pour ces nations sont complexes, mêlant opportunités et défis. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial avec 45 % de l’offre globale, a vu son PIB, dont 14 % dépend du cacao, soumis à rude épreuve par une baisse de production estimée à 20 % pour la campagne 2023-2024. Cette situation limite les bénéfices de la hausse des prix pour les producteurs locaux.
En Côte d’Ivoire, le système de prix garanti, géré par le Conseil Café-Cacao, fixe le tarif aux producteurs à l’avance, atteignant un record de 1 800 FCFA par kilo pour la saison 2024-2025. Ce mécanisme protège les agriculteurs des fluctuations à la baisse, mais les empêche de profiter pleinement des cours mondiaux élevés. Au Ghana, le Cocobod adopte une approche similaire, avec un prix fixé à environ 1,65 €/kg, également déconnecté des sommets boursiers. Ces politiques de stabilisation, bien qu’essentielles pour la sécurité des revenus, réduisent les retombées économiques directes pour les agriculteurs, dont beaucoup vivent avec moins de 2 dollars par jour.
Défis structurels et opportunités manquées
La flambée des prix révèle des faiblesses structurelles dans les pays exportateurs. La faible transformation locale, avec moins de 10 % du cacao africain traité sur le continent, limite la création de valeur ajoutée, selon un rapport de la CNUCED. Les exportations de fèves brutes dominent, privant la Côte d’Ivoire et le Ghana des revenus générés par la production de beurre ou de poudre de cacao, majoritairement réalisée en Europe. De plus, les infrastructures agricoles, comme les routes et les entrepôts, restent fragiles, augmentant les coûts logistiques et freinant la compétitivité. Les exigences européennes, telles que le règlement sur la déforestation importée, imposent des coûts supplémentaires pour la traçabilité, pesant sur les producteurs déjà confrontés à des défis climatiques.
Cependant, des opportunités émergent. La hausse des prix a incité des investissements dans l’agroforesterie et la modernisation des plantations, notamment via l’Initiative Cacao & Forêts. Ces efforts visent à améliorer les rendements tout en répondant aux préoccupations environnementales. Pour en savoir plus sur les dynamiques du marché du cacao en Afrique de l’Ouest, Prix du cacao.
Vers une meilleure répartition des richesses
Les répercussions économiques du prix du cacao soulignent la nécessité de réformes. Les gouvernements ivoirien et ghanéen cherchent à renforcer la transformation locale et à améliorer les infrastructures pour capter une part plus importante de la chaîne de valeur, estimée à 100 milliards de dollars mondialement. En soutenant les coopératives et en investissant dans des pratiques durables, ces pays pourraient transformer la flambée des prix en une opportunité pour réduire la pauvreté et stimuler la croissance économique, tout en répondant aux attentes des consommateurs mondiaux.